lundi 13 février 2017

Dans l'étau de la culpabilité

La Belle Raymonde règne sur le marché, le samedi matin. Nous parlons poires juteuses, pommes craquantes jusqu'au jour où elle apprend ce que "je fais dans la vie". Là, elle change du tout au tout et LBR me demande de la recevoir au plus vite.

Trahir un secret ?

L'histoire qui la ronge est celle du sentiment d'avoir trahi un secret, ou plus exactement d'avoir trahie celle qui le lui avait confié.
Les rares personnes à qui elle en a parlé ont beau lui dire que ce n'est pas bien grave, que ça ne vaut pas tant d'insomnies, de larmes, qu'il faut tourner la page, que tout le monde fait des erreurs... Rien n'y fait.
Ses pensées tournent obsessionnellement, elle se sent "prise dans l'étau de la culpabilité".
LBR reconnaît que ses réactions sont sans commune mesure avec l'acte commis. Il n'empêche...
Pourquoi ?
Son médecin généraliste lui avoue son impuissance et lui propose des anxiolytiques qu'elle répugne à avaler. Je comprends alors son empressement à me rencontrer en apprenant que je suis psychanalyste.

La culpabilité et l'angoisse

Comment la réconcilier avec elle-même pour qu'elle se dégage de cette obsession où ses pensées tournent en rond et la minent ?
L'étau de la culpabilité dans lequel elle étouffe repose certainement sur d'autres évènements qui font une caisse de résonnance, c'est pour cela que LBR ne réussit pas à avoir de prise sur son ressenti.
Cette femme si joviale, si rigolote, la répartie naturelle et la langue bien pendue cache sans doute une "dark side of the moon"...
Elle n'a aucun mal à accepter l'idée que son inconscient lui joue un sale tour. Concrètement, c'est une autre affaire !
Le refoulement a bien fait son boulot et les mécanismes de défense sont solides.
Le rempart contre l'angoisse étant déjà bien mis à mal, le faire céder un peu plus n'est pas aisé.
D'un côté, LBR veut aller mieux et d'un autre elle panique à l'idée de risquer d'être encore un plus envahie de (mauvaises) pensées incontrôlables.
L'impuissance dans laquelle LBR patauge la pousse à la fois vers une résistance inconsciente maximale et vers un désir tout aussi intense de se libérer de ce qui agit, malgré elle.
Heureusement, LBR a confiance en moi. En langage psychanalytique, elle a un bon transfert.
Le mécanisme de défense contre l'angoisse qu'est la culpabilité peut s'assouplir parce qu'elle m'investit et par conséquent s'investir dans le travail psychothérapique.


Peur de ne pas être aimée

Rapidement, elle retrouve cette peur fondamentale, n'être plus aimée par les personnages essentiels de la vie du bébé, par lesquels sa survie est assurée. La dépendance de tout être humain qui arrive sur terre le met dans cette situation...
LBR peut associer avec ce qui lui arrive actuellement : si la trahison amenait la personne en question à ne plus l'aimer...
Nous dé-serrons l'étau !
Elle respire de nouveau.
LBR réussit à relativiser.
Elle peut dissocier la situation actuelle de celle d'autrefois lorsqu'effectivement, bébé dépend des personnes qui nourrissent, protègent, aiment... Bébé ne peut survivre sans aide, il est dépendant et le nourrisson doit  s'assurer qu'on va s'occuper de lui...
Aujourd'hui LBR reconnaît que la personne à l'égard de qui elle se sent si coupable en révélant imprudemment ses secrets, si elle ne lui pardonnait pas, elle en souffrirait profondément mais sa survie ne serait tout de même pas en jeu.
En se "mettant dans tous ses états" LBR admet que le présent a tendu un miroir au passé.
Et nous allons tranquillement prendre le temps de résoudre ce qui, tapi dans l'ombre, est encore si actif pour que LBR puisse retrouver son sourire...

Cette vignette clinique illustre l'accompagnement psycho-analytique et la chance d'une écoute pour dépasser les méandres de l'inconscient...

mercredi 1 février 2017

En France, plus de chirurgies de l'obésité que de progression de l'obésité


C’est un vrai problème !

« L’augmentation du recours à cette chirurgie a été plus rapide que celle de la prévalence de l’obésité dans l’ensemble de la population. » (4ème paragraphe de l’intro des « indicateurs pour l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins en chirurgie de l’obésité ».)


Pourquoi tant de chirurgies alors que « le traitement chirurgical fait partie des traitements possibles de l’obésité. Il n’est proposé qu’en seconde intention, après échec du traitement médical bien conduit… » (3ème paragraphe de la même intro) ?
En 2014, 54 241 chirurgies bariatriques ont été réalisées en France. En 10 ans, 500.000 personnes obèses été opérées.

 La journaliste Martine Lochouarn a posé d’excellentes questions le 26/01 dernier :
http://sante.lefigaro.fr/article/chirurgie-de-l-obesite-des-interrogations-sur-le-long-terme

Résumons…
Cette année, les chirurgiens enlèvent plus d’anneaux gastriques qu’ils n’en posent…

Avec un recul de18 ans, 42% des anneaux ont été retirés. Mais ce n’est pas qu’une question de technique opératoire… Pour la sleeve, les complications existent aussi. Citons le Pr Jean-Marc Chevallier : « Faute de réflexion au long cours, nous jouons un peu avec le feu

Les patients jouent gros, effectivement.

Pour le Pr Basdevant « La qualité du suivi est un vrai sujet de préoccupation ».

Mais pour le Pr Chevallier, «on a laissé s’installer une confusion entre chirurgie vitale et chirurgie esthétique. Cette chirurgie a été développée pour traiter l’obésité-maladie, ramener l’IMC au-dessous de 35 parce qu’au-dessus, ces personnes sont bien plus exposées que la population générale à des risques graves. Pour une femme de 140 kg, cela signifie descendre à 90 kg, pas à 60 kg. Même avec un peu de poids repris, si l’IMC reste au-dessous de 35 après vingt ans, c’est un succès».

Voilà qui n’est pas entendu de cette oreille par nombre de candidats à la chirurgie qui rêvent d’un corps idéal, celui des magazines, pas le sien !

«Chaque obésité est singulière et s’installe en vingt à trente ans selon une trajectoire individuelle dont tous les paramètres, comportementaux, sociaux, économiques, doivent être analysés, intégrés dans le raisonnement médical avant d’envisager une chirurgie. Cela prend du temps, c’est pourquoi la Haute Autorité de santé recommande une prise en charge médicale de six à douze mois avant toute intervention», rappelle le Pr Arnaud Basdevant.

C’est cette réalité qui est refusée. Le principe de réalité a toujours du mal à s’imposer face au principe de plaisir. Et certains chirurgiens acceptent (ou proposent) un peu facilement une chirurgie censée fonctionner miraculeusement…

Rappelons que le taux d’échec est de plus de 40% !

Alors, pour se donner les chances du succès, rien ne vaut de courir… Rien ne vaut se persuader que tout ira bien…
Pour que ce soit le cas, il faut chercher à comprendre pourquoi un tel excès de poids s’est installé, au point que l’on en passe par une chirurgie pour le résoudre. Comment résoudre définitivement cette problématique exige de saisir pourquoi ça se passe ainsi.
L'accompagnement psychanalytique est tout à fait adapté à ce questionnement nécessaire.